Nikita Elisséeff / Régis Blachère (1900-1973)
Régis Blachère est ne a Montrouge, dans la banlieue immediate
de Paris, le 30 juin 1900. Il devait arriver avec ses parents en 1915
au Maroc ou il termina ses etudes secondaires comme eleve au Lycée
Lyautey à Casablanca. Son esprit curieux, son désir de comprendre
les hommes au milieu desquels il vit, lui font envisager une carriere
dans l'interprétariat, mais ses professeurs vont l'orienter vers
l'enseignement de l'arabe. De famille aux revenus modestes, Régis
Blachere doit, a partir de 1921, gagner sa vie comme surveillant au College
Moulay Youssef de Rabat; il poursuit ses etudes superieures et, en
1922, obtient sa licence d'arabe a la Faculte des Lettres d'Alger ou
ses maitres furent Henri Massé et Evariste Lévi-Provengal. Regu à
l'agrégation en juillet 1924, il revient au College Moulay Youssef
comme professeur. Cinq ans plus tard, Régis Blachére est nommé à
l'Institut des Hautes etudes Marocaines en qualite de professeur et
directeur d'Etudes jusqu'en 1935. A cette epoque il collabore a la
revue Hespiris et publie ses Extraits des principaux ggographes arabes
du Moyen Age, t. VII de la Collection Bibliotheca Arabica (Paris-
Beyrouth 1932). En juin 1935 il participe a Paris au jury d'examen
d'arabe littéral a l'ltcole Nationale des Langues Orientales Vivantes
et, en octobre de la meme année, les étudiants de l'E.N.L.O.V.
découvrent en lui le «professeur N.» qui figurait sur les affiches de
l'etablissement depuis la retraite, apr?s plus d'un quart de siecle
d'enseignement, de Maurice Gaudefroy-Demombynes, son predecesseur
dans la chaire d'arabe litteral dont il devient le cinquième titulaire
depuis sa creation en 1795 (10 germinal an III). Aucun de ses eleves
parisiens de cette epoque n'a oublie sa silhouette élancée, sa calvitie
précoce et sa myopie tres prononcee, non plus que la clarté de ses
exposes au cours, la sévérité de ses notes et ses exigences a l'égard
de ses éléves a qui il se plaisait a rappeler que « I'arabe est une
maitresse exigente qui demande qu'on lui consacre plusieurs heures chaque
jour ». Au cours de ces annees d'enseignement a l'Ecole des Langues,
il devait devenir progressivement plus indulgent a l'égard de ses
éléves.
En 1936, il soutient ses theses de Doctorat, la these secondaire est
une traduction annotée du Kitab tabaqat al-Umam de Said al-Andalusi,